THE AW21 BIG FIVE

Les « big five » dans le jargon safaristique regroupent les cinq plus gros mammifères d’Afrique: le léopard, le lion, le buffle, le rhinoceros et l’éléphant. Au delà de leur majesté, ces animaux ont été qualifiés de grands, non à cause de leur taille, mais de la difficulté à les chasser.

Mais alors, me demanderez-vous, quel rapport entre ces cinq gros mammifères d’Afrique, cibles du grand chasseur, et la fashion week AH21?

Harper, chasseuse de belles pièces et fan de safaris, a décidé cette saison de viser de son esprit critique (et parfois moqueur) les défilés AH21 du top 5 des maisons de luxe francaises à la renommée internationale indiscutable et intouchable. Mais sans intention de tuer ….

En effet, chaque saison je passe au crible les défilés. Mais autant je regarde d’un oeil distrait le top 5 français, autant j’observe avec une curiosité non dissimulée et une attention plus accrue les « moins » prestigieux et médiatisés tous continents confondus, comme je scruterais le bush africain à la recherche d’un serpentaire, d’un lycaon ou d’un dik-dik. La beauté et l’inattendu sont partout.

Et comme il faut vivre avec son temps, Harper va suive l’injonction très à la mode de « changer de paradigme », vous savez ce principe actuellement, si politiquement correct, de remettre en question toute forme de modèle…

En espérant ne vexer personne, voici mon top 5: Chanel, Dior, Hermès, Saint-Laurent et Louis Vuitton.

Je commencerai par CHANEL et la discrète Virginie Viard à la tête de la création depuis le défilé Croisière 2019-20. Je ne suis pas une femme Chanel mais j’entretiens depuis l’adolescence une passion pour le personnage complexe au phrasé cinglant non moins pertinent qu’était Gabrielle Chanel. Si Karl s’inscrivait parfaitement dans l’héritage de Mademoiselle par ses bons mots et sa personnalité romanesque, Virgine Viard semble rompre avec le style grandiloquent de son prédecesseur. Un « changement de paradigme » est en marche (haha…)! Mais il se fait en douceur, pas de « disruption » violente (encore un mot arrangé à toutes les sauces…).

Des ensembles classiques dénués d’ostentation et allégés d’artifices lourds reprennent place dans ses défilés.

Quelques pointes de rose fuchsia réveillent l’ambiance feutrée de Chez Castel . Quel dommage qu’il n’y en ait pas plus…

Mais tel l’adage « chi va piano va sano », Mademoiselle Viard n’a su ou pu se départir de quelques ovnis graphiques bien trop « brandés » à mon goût… mais très probablement commerciaux?!

J’enchainerai avec LOUIS VUITTON grâce à une citation de Coco: « la mode est architecture, c’est une question de proportion ». Ce défilé est une surprise tant j’associe le travail de Monsieur Ghesquière aux robes courtes trapèze. Ses volumes exagérés néanmoins enveloppants m’ont définitivement charmée.

Et puis, certains motifs graphiques brodés de perles m’ont replongée dans les parures tribales de peuples africains. Un voyage exotique malgré les intentions italiennes de Monsieur Ghesquière (collaboration avec l’atelier Fornasetti).

Qu’elle n’est pas mon étonnement, non plus, de découvrir des pièces en denim brut chez HERMÈS car entre les cowboys, emblématiques porteurs de denim et la Cavalerie Hermès, l’abîme est grand.

C’est chic et épuré. Toutefois, ce style étriqué m’amène à me demander comment vieilliront ces modèles si l’on applique la règle puriste de l’entretien du denim, à savoir, une absence d’entretien pendant un an. Comment cohabiteront patine naturelle de la toile et sophistication Hermès?

Le défilé DIOR de Mademoiselle Maria Grazia Chiuri me rappelle cet article que j’ai écrit en mai 2015 « La Mode, Ca Chiffonne! » où je comparais les défilés de mode des grandes marques à l' »entertainment » américain . A l’époque, le « Less is more » n’était pas d’actualité. Seule la surenchère était de mise. Les temps changent-ils ou pas? Toujours est-il que la maison Dior nous offre un défilé constitué de pièces portables tous les jours. Autre changement de paradigme.

A l’exception de pièces de grand soir qui me font regretter de ne pas être une star de tapis rouge même en ce moment.

Enfin je finirai par Saint Laurent pour lequel je resterai muette car de défilé il n’y eut… Mais pour rappel, comme la marque américaine Reason l’avait revendiqué en 2013: « Ain’t Laurent without Yves » et j’approuve.

Crédits image: VOGUE RUNWAYThe NY Times