La Mode, ça chiffonne!

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Source: Vogue US

Haha… quelques articles sortent en ce moment sous des prétextes fallacieux pour parler du côté un peu trop sérieux de la mode. Sujet “sérieux” et glissant quand on est journaliste appartenant au sérail de la mode.

Un des prétextes a été le défilé Burberry à Los Angeles le 16 Avril dernier et l’arrivée de James Corden en mode déhanché sur le podium.

Mademoiselle Anna Wintour a même été photographiée en flagrant délit de rire, donnant un caractère presque historique à l’événement !

Dans son numéro du 7 au 12 Mai, Grazia nous informait que cet évènement n’avait rien de “subversif” puisque il avait été orchestré pour le show du Monsieur: “The Late Late Show with James Corden”. Connaissant bien les américains peu enclins à l’improvisation, je me doutais que ce petit événement pas tout à fait « fashion-correct » , avait été mûrement réfléchi.

Mais il faut convenir que depuis quelques décennies, le milieu de la mode est bien sérieux.

Arrêtons-nous quelques instants sur le front-row ou premier rang, le sacro-saint lieu où les destinées de la mode et de leurs créateurs se font et se défont. Je vous défie de trouver un visage souriant et ouvert se délectant à l’avance des belles pièces et nouveautés qui vont défiler sur le podium.

Il semble d’usage d’y exposer une « poker face », soit un visage dénué de toute expressivité. Remarquez, l’ambiance n’est guère plus flonflon dans les rangs derrière.

Idem pour les mannequins. Qu’elles sont loin ces années 80 où de grandes lianes affichaient un plaisir non dissimulé à parader dans des tenues sublimes !

La situation est équivoque car les défilés d’aujourd’hui s’apparentent à « l’Entertainment » américain. Les entreprises y investissent des moyens faramineux et rivalisent de créativité (lieux insolites, performances artistiques et mises en scène originales). Evidemment, compte tenu du nombre élevé de défilés par fashion week, il est nécessaire d’en imposer pour être vu.

Mais « Entertainment » se traduit en français par divertissement et amusement. Et à observer les rangs de journalistes, VIPs et dirigeants des grandes maisons présents à ces shows, l’amusement n’est pas de mise et l’atmosphère y semble pesante.

Très sérieusement, les journalistes sont confrontés pendant les fashion weeks à un rythme quotidien effréné, courant de défilé en défilé tout en devant assumer leur travail éditorial. Cela peut expliquer le « porter » d’une expression lasse… sur le visage de certains.

Les enjeux économiques des entreprises de prêt-à-porter de luxe ne sont plus secrets pour personne et on les sait conséquents. Les dirigeants sont donc en mode « P & L » (pertes et profits) alors que soie, brocards et imprimés passent sous leurs yeux sous forme de ratio de rentabilité. Cela qui peut expliquer le « porter » d’une expression soucieuse… sur le visage de certains.

En revanche, en ce qui concerne les VIPs, je sèche pour leur trouver une seule bonne raison de « faire la tête ». A part réfléchir à ce qu’ils pourront bien soutirer gratuitement aux services de presse… Si j’étais dans ce cas-là, je serais d’humeur très guillerette. Notons que pour certains, c’est un métier. L’enjeu est donc de taille !!!

Mais à l’heure d’un marketing de la mode toujours plus ciblé et sophistiqué pour nous vendre du rêve, est-il justifié d’arborer un visage apathique ? Non. Ces personnalités pourraient-elles s’appliquer quelques règles d’un « marketing de la bienséance » pour contribuer au rêve?

Ne travaillant pas à la mine et arrivant très largement à joindre les 2 bouts en fin de mois, ces chanceux sont aux premières loges pour admirer la concrétisation d’un long processus créatif dans lequel directeurs artistiques, modélistes et autres petites mains ont mis une énergie d’enfer.

Pour nous afficionados du chiffon, s’habiller est une distraction. S’habiller est se donner belle allure. S’habiller c’est s’exprimer et révéler un peu de sa personnalité.

Alors, pourquoi ne nous-offrent-ils pas un visage expressif ? Souriant, bousculé, étonné, gourmand… ou tout simplement se réjouissant d’avoir été là.

Est-ce parce que la mode a trop souvent été qualifiée de futile qu’ils prennent cette posture glaciale et désabusée ?

Que risquent-ils à se montrer un peu épicurien ?

L’élégance dont on parle souvent dans la mode n’est pas qu’habit mais aussi une façon d’être. L’élégance, il me semble, serait de faire montre de plaisir et d’une certaine joie de vivre devant ce qui s’est offert à eux le temps d’un défilé.

Alors vous, Mesdames et Messieurs les Journalistes, Dirigeants et VIPs, oubliez pendant une quinzaine de minute vos articles, vos marges et vos vestiaires. Laissez transparaitre sur vos visages toute l’émotion que la vue de belles étoffes et belles silhouettes peut susciter. Emerveillez-vous devant la beauté de la création et surtout, souriez car vous êtes filmés.